« Ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson » (Jn 6, 51-58)


Homélie du 14 juin aux Ss Anges

Comme Sandrine, le disait lors de son mot d’accueil, nous sommes heureux de pouvoir de nouveau nous rencontrer « en chair et en os ». Nos rencontres virtuelles par WhatsApp, nous ont certes permis de rester en contact, de faire « communauté », mais en tant qu’être humain, nous avons besoin de face-à-face bien réel avec les autres! C’est un peu le sens de cet Évangile et nous y reviendrons.

Mais avant, j’aimerai revenir sur autres enseignements de ce confinement. Il a réactivé au sein de nos communautés des vieux clivages que l’on croyait cicatrisés ? Le catholicisme, même au sein de nos Églises de sélection, est un univers bien plus pluriel que l’on ne le pense, avec beaucoup de sensibilités différentes « .  Des sensibilités différentes notamment, à l’égard de la messe.  « J’observe qu’il y a deux grandes polarités dans les attentes :
* une attente de transcendance, la messe c’est un moment d’accès bidirectionnel à Dieu qui suppose une forme d’extraction hors du monde
* et une autre polarité où la messe est plutôt un moment d’assomption du monde, et non une rupture avec le monde.

Ceux qui sont en attente de transcendance ont beaucoup protesté contre la suspension des messes, car ils considèrent que le salut est toujours supérieur à la santé. Ils ont eu la nette impression que ces compromis avec le pouvoir civil contribuaient à relativiser la transcendance divine. Pour eux le Christ et donc les Chrétiens, ses disciples n’ont pas vocation à être servile au monde Civil

De l’autre côté, ceux qui pensent que ce qui s’expérimente dans la messe est avant tout un moment de communion des hommes en Dieu, ces personnes ont vécu cette suspension de manière beaucoup plus sereine. Pour eux, c’est une forme de renoncement, de sacrifice de soi par amour des autres et quelque part, cela renouvelle d’une manière actualisée la geste christique, c’est-à-dire le sacrifice de soi par amour d’autrui ».

Peu peuvent affirmer s’être retrouvé entièrement dans une polarité ou l’autre, c’est souvent plus compliqué, on se laisse parfois entrainer au gré des discutions vers l’un ou l’autre clivage.

Maintenant, prenons conscience que si cela n’a pas été facile pendant cette période pour nous de se situer, de donner sens à notre pratique religieuse, il ne faut pas oublier que le catholicisme s’étend bien au-delà des seuls pratiquants que nous sommes. Le contexte de confinement a aussi atteint et peut-être bien plus, les catholiques « saisonniers ». En temps normal, la messe des Rameaux, la veillée pascale, la messe de Pâques et dans une moindre mesure la Pentecôte et l’ascension sont dans nos 4 paroisses une occasion de multiplier les effectifs. Sans oublie tous les sacrements : baptême, mariage, confirmation, messes d’enterrements » Un des enjeux du déconfinement sera aussi que nous puissions tous, à partir de nos questions sur la présence réel du Christ lors des célébrations, lors nos sacrements, devenir un lien de contact avec cette multitude de catholiques qu’on n’entend pas, car très souvent ils ont du mal à expliquer leur foi, leur rapport à l’église, parce qu’ils ont parfois un sentiment d’illégitimité. Il va aussi falloir retrousser nos manches et aller leur rencontre.

« Le pain que je donnerai, c’est ma chair donnée pour la vie du monde »

Vie divine à laquelle notre monde peut avoir part.

Il n’y a là rien de magique, l’Eucharistie ce n’est pas comme ces arbres à clou dans la Wallonie de mon enfance ou l’on cloue une loque pour être guéri ! L’Eucharistie ce n’est pas – et ce ne peut pas être – cela.

Ce corps du Christ donne la vie au monde, mais jamais il ne la donnera sans nous, sans que nous le relevions, sans que nous l’aimions, sans que nous le recevions.

Quelle est la toute première condition pour que cette Eucharistie porte son fruit, c’est d’abord que nous en ayons faim !

Et c’est là certainement la condition la plus difficile à atteindre dans notre société, Ils l’ont aimé, ils en ont eu faim et ils veulent que ce corps demeure avec eux.

Pourtant c’est qu’ainsi que nous pouvons comprendre cette magnifique parole de la première lecture :

« Il t’a fait passer par la pauvreté, il t’a fait connaître même l’esclavage, il t’a fait sentir la faim et t’as donné la manne à manger. »

Le Seigneur, nous ne savons que trop, nous fait passer par la faim, par des déserts, pour qu’enfin nous désirions cette nourriture. Désert du coeur, où nous expérimentons la solitude, désert de la tentation où nous sommes prêts à tomber, désert aussi de la fatigue en ce fin de confinement qui épuise notre patience, désert de la maladie.

Seigneur, où trouverais-je ma force dans tout cela ? Dans ton corps, dans ton sang, car ils viennent nourrir le point le plus intime de mon âme et m’apportent la paix.

L’Eucharistie, c’est une nourriture, chers frères et soeurs, elle exige de nous cette faim, mais elle exige aussi un programme. A quoi sert de nous nourrir si nous n’agissons pas ? On devient obèse. Autrement dit, la nourriture se retourne contre nous.

Ainsi en est-il de l’Eucharistie. Le premier point de ce programme de vie, c’est l’entente, la fraternité. La deuxième lecture nous le dit :

« Puisqu’il y a un seul pain, la multitude que nous sommes est un seul corps. »

Sinon, je serai clair, l’Eucharistie ne sert de rien, elle se retourne contre nous. Alors regardons dans notre cœur si nous avons quelque rancœur contre quelqu’un, quelque apriori par rapport à sa couleur, son sexe, ses préférences, si nous avons un manque de pardon, ou si nous n’avons nous-mêmes pas pardonné à quelqu’un, si nous n’avons pas demandé pardon … Alors mettons de l’ordre dans notre cœur avec cela, c’est la porte d’entrée.

Une foi cette porte d’entrée franchie, on découvre que l’Eucharistie est un programme pour la mission et pour la charité.

Nous n’avons pas à recevoir ce corps sans qu’il s’épanouisse en geste de charité, de sollicitude pour ceux qui nous entourent, d’attention.

Trop vite nous sommes comme Lazare, plutôt comme ce riche qui laisse Lazare à sa porte et qui ne le voit pas. Et je le dis d’abord pour moi. Nos sociétés riches et repues sont des sociétés aveugles. Aveugles au drame de la misère dans le monde. Simplement de l’essence à notre cœur s’endurcir.

Jean-Paul II le disait avec ô combien de force :

« Ne l’oubliez jamais, le Christ qui vient à nous sous les espèces consacrées est le même qui vient à notre rencontre dans les événements de la vie quotidienne. Il est dans le pauvre qui tend la main, dans celui qui souffre et implore de l’aide, il est dans le frère qui nous demande d’être disponible et attend notre accueil. Il est dans l’homme le plus petit, le plus vulnérable. Évangéliser, c’est reconnaître le Christ sous les espèces du frère, de la sœur, et le traiter avec le respect que nous portons au Saint-Sacrement. »

Jacky

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