Je suis la résurrection et la vie (Jn 11, 1-45)


L’Evangile de ce dimanche de Carême nous présente Jésus face au drame de la mort de son ami Lazare, pleuré par ses deux sœurs, Marthe et Marie.

A l’occasion de funérailles, nous entendons parfois cet Evangile, souvent d’une oreille distraite, car nous sommes trop émus, même bouleversés, face à la mort de quelqu’un.

Dans son œuvre « Le procès » , Kafka raconte l’histoire d’un procès absurde fait, sans raison, à un homme innocent qui sera condamné à mort. Sur la couverture il y avait un commentaire d’André Gide : « L’angoisse que ce livre inspire est, par moments, presque intolérable, car comment ne pas se dire sans cesse : cet être traqué, c’est moi ? ».

« Par moments » nous prenons conscience que nous sommes « cet être traqué ». Mais traqué par quoi, sinon par la mort ? Et cette pensée met à la lumière en nous « l’angoisse … presque intolérable » qui nous habite. Tout notre être veut intensément la vie et nous nous trouvons face à l’absurde de la mort. Pour quelle raison y a-t-il les guerres, ou un enfant de trois ans meurt d’un cancer, ou une maman meurt en couches et laisse ses enfants seuls ?

Nous préférons souvent vivre sans nous laisser atteindre par ces questions. Nous nous les posons pendant l’adolescence, quand nous ne savons pas y répondre et, devenus adultes, quand nous pourrions trouver une réponse, nous cessons de nous les poser.

Face à l’absurdité de la mort, comment croire à la réponse de Jésus à ceux qui l’informaient de la maladie de son ami Lazare : « cette maladie ne mène pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu » (Jn11, 4) ?

Il traîne encore quelques jours et pourtant l’Evangile nous répète que « Jésus aimait Marthe t sa sœur et Lazare ». Pourquoi ne se hâte-t-il pas pour éviter à ce dernier de pourrir pendant quatre jours dans le sépulcre ?

Marie reste assise à la maison ; elle est assommée par cet événement. Elle vit dans la dépression. Mais à la nouvelle de la venue de Jésus « elle se leva bien vite » et accouru vers Jésus, car « le Maître est là et il t’appelle » (Jn 11, 28-29). Quelle tendresse exquise de Jésus qui fait appeler Marie triste et accablée !

Marthe avait déjà couru auprès de Jésus et lui avait fait cette reproche discrète : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort) ! « Je suis la résurrection et la vie. Qui vit et croit en moi ne mourra jamais » est la réponse donnée par Jésus à Marthe, mais aussi à tout homme.

Lorsque Jésus voit pleurer Marie et les Juifs, il s’émeut et il pleure lui aussi. L’Evangile nous dit que « Jésus frémit en son esprit et se troubla » (Jn 11, 33.35). Il verse des larmes et les Juifs sont très touchés : « Voyez comme il l’aimait ! ».

C’est vrai que Jésus l’aimait comme il aime tout homme, toute femme, et il pleure devant leur drame. Il connaît le drame véritable de l’être humain qui s’est coupé de Dieu et de son amour de Père. L’homme n’a plus en lui la source de la vie et il est désormais seul face à la corruption de son être.

Après qu’on ait enlevé la pierre placée devant la grotte, Jésus « s’écria d’une voix forte : « Lazare, viens dehors ! » Le mort sortit, les mains et les pieds liés de bandelettes, et son visage était enveloppé d’un suaire » (Jn 11, 43-44).

C’est le même cri que Jésus lancera sur la croix avant de mourir (Lc 23, 46). C’est le cri de celui qui se dresse contre la mort et le véritable ennemi de l’homme qui le tient assujetti par la peur (He 2, 14-15). C’est le cri du Vainqueur. C’est le cri que depuis des siècles l’Eglise répète la nuit de Pâques en chantant l’Exultet : « Voici la nuit où le Christ a détruit la mort et des Enfers ressurgit victorieux ! ».

La pierre du tombeau de Lazare est enlevée comme la pierre du sépulcre du Christ. Les bandelettes et le suaire sont déposés dans le sépulcre, tandis qu’à Lazare ils lui sont ôtés. La mort et le mal n’ont pas le dernier mot. Jésus est plus puissant que la mort, il est le premier-né d’entre les morts : comme le faisait remarquer Mgr. Léonard, il est le seul qui puisse conjuguer le verbe mourir au passé : « Je fus mort et me voici vivant pour les siècles » (Ap 1,18).

L’Eglise, et nous avec elle, nous pouvons alors porter sur les places, pendant 50 jours après Pâques, cette annonce joyeuse : « Le Christ est ressuscité ! » Il a vaincu la mort et c’est lui qui vit en moi. Désormais je vis ma vie dans le Christ qui m’a aimé et il a donné sa vie pour moi.

Giampiero B.

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