PENTECÔTE : Le don de la Parole et de l’esprit.


Comme l’Église du Christ, le peuple juif fête la Pentecôte le cinquantième jour après Pâques.

C’est intéressant de le rappeler car nous sommes les héritiers du Judaïsme et partageons pour une large part sa foi et sa Bible. C’est là que plongent nos racines. La tradition judaïque commémore à la Pentecôte l’alliance du Sinaï, lorsque Dieu donna les tables de la Loi à son peuple. La Pentecôte est, en ce sens, la fête de l’Alliance et de la Loi.

Une fête de l’Alliance et de la Loi

Présenter la Pentecôte sous cet angle peut sembler étrange aux oreilles chrétiennes. Nous n’associons pas spontanément la Pentecôte, la venue du Saint Esprit avec le don de la loi.« Or, le Seigneur c’est l’Esprit, et là où est l’Esprit du Seigneur, là est la liberté » écrit Paul dans 2 cor 3,17.

Il exprime ainsi sa profonde conviction : ce n’est pas parce que nous respectons au mieux les commandements que nous trouvons grâce aux yeux du Seigneur. Si Dieu nous aime, ce n’est pas parce que nous pouvons Lui présenter de bonnes prestations ni parce que nous respectons parfaitement sa Loi. Ce n’est pas la Loi qui nous rend dignes de Lui, mais seulement son amour et sa compassion. Et cet amour est inconditionnel. Si Dieu nous accepte et nous accorde sa Grâce c’est uniquement parce qu’il nous aime. Nous ne pouvons recevoir cet amour que dans la foi. C’est cela que Dieu a incarné dans le Christ pour nous : c’est par la foi et la force de son Esprit que nous sommes devenus les enfants de Dieu. Et l’Esprit que nous avons reçu : « n’est pas un esprit de servitude, pour être encore dans la crainte : mais vous avez reçu un esprit d’adoption, par lequel nous crions Abba, Père! ». (Rom 8, 15)

Une alliance et un amour inconditionnel

Cela ne signifie évidement pas que la Loi et les commandements du Seigneur ne sont plus de mise. Nous sommes appelés à la liberté dit Paul et il ajoute : « Car, mes frères, vous avez été appelés à la liberté ; seulement n’usez pas de la liberté comme d’une occasion pour la chair, mais, par amour servez-vous l’un l’autre » (Gal 5, 13).

Il en est de même avec l’amour entre les hommes. Un bon mariage n’implique pas seulement un homme et une femme qui rencontrent parfaitement les statuts du mariage. Ils sont mariés parce qu’ils s’aiment. Et c’est précisément parce qu’ils s’aiment qu’ils vont dépasser la vie pour soi et rencontrer le désir de l’autre. Il en est de même dans notre relation à Dieu. Le christianisme n’est pas en premier lieu un ensemble de lois et d’interdits, il n’est pas d’abord une morale. C’est d’abord une relation à l’intérieur d’une alliance. C’est la bonne nouvelle selon laquelle Dieu nous accorde son amour sans conditions. C’est pour cela que ses commandements nous touchent. Ce sont les conditions de l’alliance. Ce n’est que par cet amour et cette alliance que nous pouvons comprendre le psalmiste qui prie et implore : « Ouvre mon cœur à tes commandements, laisse-moi vivre selon ton chemin ».

La Loi et les commandements de Dieu ne veulent pas priver l’homme de sa liberté. Lorsque Dieu scelle l’alliance avec son peuple sur le Sinaï, Israël vient d’échapper à l’esclavage en Égypte pour vivre en liberté comme peuple de Dieu. Dieu lui donne les tables de la Loi afin qu’il soit fidèle à l’Alliance. Afin qu’ils ne fassent à quiconque ce qu’ils ont eux-mêmes subi en Égypte : qu’ils ne soient esclaves. S’ils l’étaient, cet exode n’aurait évidement servi à rien.

C’est ce que Paul écrit dans Gal 5,1 : « c’est pour la liberté que Christ nous a affranchis ».

La Loi est Parole de Dieu

Dans les Écritures, la Loi de Dieu n’est pas un simple ensemble de commandements et d’interdits que l’on doit respecter aveuglément. C’est la Parole de Dieu. C’est la Parole de Dieu révélée par laquelle Il nous accorde tout son amour. Une parole de fidélité à son Alliance. Une parole devenue la chair et le sang de son fils.

Une parole qui nous appelle à être frères et sœurs, à ne pas être maîtres mais serviteurs de notre prochain.

C’est pour cela que la rencontre du Sinaï est si importante : Car c’est là que le peuple lui aussi a donné sa parole. Une parole de fidélité à l’alliance dont il veut faire partie. D’où la joie de la Pentecôte : joie parce que Dieu nous a donné sa Parole et sa Loi. Et pour que nous Lui donnions aussi notre parole.

Le miracle de la Pentecôte ne réside pas uniquement dans le fait que Dieu parle de ce qui Lui tient à cœur. Que Dieu cherche à nous rencontrer et désire partager la vie avec nous n’est certainement pas une évidence. Nous pouvons aussi admirer avec gratitude le fait que des personnes Lui offrent aussi leur parole, L’aiment et participent à son alliance.

C’est la raison pour laquelle le feu est toujours associé à la Pentecôte. Le feu vient d’en haut, il embrase nos cœurs. C’est le feu de l’Esprit qui ouvre nos cœurs à la Grâce divine. Le livre de l’Exode nous dit que le jour où Dieu offrit sa loi au peuple, « la montagne de Sinaï était toute en fumée parce que le Seigneur y était descendu au milieu du feu » (Ex 19,18). Les actes des Apôtres mentionnent aussi la descente du feu qui se partage entre tous.

Le miracle de la Pentecôte

Tout cela nous permet de mieux comprendre le sens chrétien de cette fête de Pentecôte.

À la Pentecôte, nous remercions Dieu de nous avoir offert sa Loi. C’est le don de sa Parole qu’Il nous a offert une fois pour toutes, à nous et à l’humanité entière. La parole d’une alliance nouvelle et éternelle. Les disciples reçurent cette chaque jour de souffrance et de joie qu’ils partagèrent avec Jésus. Mais tout s’arrêta brutalement. Il fut arrêté, condamné à mort et crucifié. Ils Le rencontrèrent par-delà la mort, ils Le virent. Il se fit connaître comme le vivant. Mais le doute et l’angoisse demeurèrent. L’Évangile de Jean parle de portes closes. Ils sont comme les disciples d’Emmaüs. Ils avaient tant espéré. Découragés, ils rentrèrent chez eux. Mais Il va à leur rencontre sous les traits d’un inconnu. Il se mêle à la conversation, Il parle et ils comprennent. Ils reçoivent la parole du Seigneur et Il en donne le sens. Il leur parle de Moïse, leur montre comment, avec sa Loi et les prophètes, l’Écriture parle de Lui. Il resta parmi eux et rompit le pain. Alors leurs yeux s’ouvrirent et ils Le reconnurent.

Et ils dirent : « notre cœur ne s’embrasa-t-il pas lorsque, chemin faisant, Il nous enseigna l’Écriture ? »

C’est cela le miracle de la Pentecôte : non seulement Dieu nous offre sa Parole, mais nous la comprenons. Nous ne comprenons pas uniquement avec notre raison mais avec ce que nous sommes, avec toute notre vie, avec notre cœur.

C’est ainsi que l’on comprend l’autre, de cœur à cœur.

La Pentecôte est la fête des yeux et des oreilles qui s’ouvrent. Dieu parle et se fait comprendre. C’est l’Esprit qui enflamme notre cœur. Et sa Parole ne s’adresse pas qu’à ses disciples. À leur tour, ils proclament sa Parole aux autres qui la reçoivent et la comprennent, chacun dans sa propre langue. C’est dans toute la diversité des langues, des peuples et des cultures que nous recevons tous la même Parole qui est Christ Lui-même. C’est la raison profonde de notre gratitude à la Pentecôte. La gratitude pour la grâce de la Parole de Dieu, gratitude pour le Christ, le plus grand don fait à l’humanité : signe irrévocable de son amour des hommes et de son immense charité. C’est pour cela que nous avons besoin de « l’autre intercesseur » de la Pentecôte. Nous devons toujours prier l’Esprit sans qui la Parole serait lettre morte et donc n’atteindrait pas son but.

+ Mgr De Kesel
Pastoralia mai 2016.

 

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