Jozef De Kesel, la foi incarnée dans la modernité



Avec la nomination de Mgr De Kesel comme nouvel de Malines-Bruxelles, l’Eglise belge entre dans une nouvelle ère. Après les archiépiscopats du cardinal Danneels, pasteur de consensus, et de Mgr Léonard, évangélisateur de l’esprit et de terrain,, de par sa personnalité, ses options théologiques et son expérience pastorale, pourrait aider l’Eglise à trouver sa juste place au sein de notre société pluraliste.

Après la renonciation de Mgr Léonard à sa charge d’archevêque, le 6 mai dernier, et son acceptation par le pape François, il aura fallu attendre six mois, jour pour jour, avant de connaître le nom de son successeur. Il s’agit donc de Jozef De Kesel, évêque auxiliaire de l’archidiocèse de Malines-Bruxelles, puis évêque de Bruges, qui avait été régulièrement cité comme « candidat » potentiel dans les médias, parmi d’autres favoris.

Un homme modeste et proche des gens

Qui est Jozef De Kesel? Ce qui frappe au premier abord chez cet homme, lorsqu’on le rencontre, c’est sa chaleur humaine, son sens de l’écoute, sa modestie, assortis d’un certaine dose de timidité, mais en quelque sorte pleinement assumée. Ce qui ne l’a pas empêché, lorsqu’il était évêque auxiliaire pour la Vicariat de Bruxelles (2002-2010), de mener certains chantiers avec courage et détermination. On pense, notamment, à la création de quatre doyennés principaux et des unités pastorales, accompagnée d’un regroupement des paroisses. Un changement difficile à vivre pour certains prêtres et certains fidèles, à l’époque, mais que Mgr De Kesel a su mener avec tact et pédagogie.

L’initiation à la foi

Pédagogue, ce qualificatif convient tout particulièrement à cet enseignant et théologien, très attaché à la liturgie et au renouvellement de la pastorale de l’initiation chrétienne. Ce dernier aspect est particulièrement révélateur des orientations théologiques et pastorales du futur archevêque. Pour lui, l’Eglise d’Europe occidentale se doit, dans la ligne du concile Vatican II, d’accepter la modernité, et le pluralisme culturel et religieux qu’elle a entraîné. L’annonce de l’Evangile, auquel l’évêque est particulièrement attaché, ne doit pas prendre la forme d’une reconquête, qui viserait à réinstaurer une chrétienté pré-moderne, mais implique d’assumer le pluralisme qui caractérise notre société aujourd’hui, et de faire entendre la voix de l’Eglise au sein de cette pluralité de convictions philosophiques et religieuses, avec joie et conviction, mais sans arrogance.

Pour Jozef De Kesel, la pluralité moderne, laïque, est certes un défi pour l’Eglise, mais également une chance, une opportunité pour les chrétiens. Les chrétiens, d’ailleurs, ne naissent plus nécessairement tels dans notre société, ils le sont de moins en moins par transmission d’une tradition, mais les hommes et les femmes d’aujourd’hui, les jeunes, peuvent le devenir, par choix et conviction. En ce sens, Mgr De Kesel est très attaché à cette formule de Tertullien, Père de l’Eglise du 2è siècle: « On ne naît pas chrétien, on le devient ».

D’où l’importance d’une véritable réhabilitation du parcours chrétien d’initiation au baptême, à la confirmation et à l’eucharistie, pour les adultes en particulier, qui permette une découverte en profondeur de la foi chrétienne pour ceux qui embrassent la foi chrétienne. Mais l’initiation chrétienne, en un sens, dure toute la vie, chaque fidèle étant appelé à grandir dans la foi tout au long de sa vie.

La place de l’Eglise dans la société moderne

Cette conception de la place des chrétiens dans la société actuelle a également amené Mgr De Kesel à accorder une grande importance au dialogue interculturel, au sein de l’Eglise comme en dehors, et au dialogue interreligieux. A l’heure où le pape François en appelle à une « Eglise synodale » pour le 21è siècle, à une plus grande décentralisation au sein de l’Eglise catholique, la personnalité et les options du prochain archevêque de Malines-Bruxelles (et sans doute prochain président de la Conférence épiscopale), qui aura à exercer une certaine primauté sur ses confrères belges en tant que métropolitain, pourraient se révéler très bénéfiques pour l’Eglise de Belgique. En favorisant le dialogue entre les évêques, dans l’unité et la diversité, pour affronter les défis d’aujourd’hui et des prochaines années. En permettant à l’Eglise belge de parler d’une seule voix lorsqu’il le faut, mais en permettant aussi à chacun d’exprimer ses propres solutions aux défis pastoraux qu’il rencontre. Et cela peut valoir, bien sûr, non seulement pour les évêques, mais aussi pour les prêtres et les responsables pastoraux.

Jozef De Kesel pourrait aussi aider l’Eglise en Belgique à trouver sa juste place dans les débats de société, et la juste manière d’annoncer l’Evangile. Sans se fondre dans la modernité, mais en assumant sa réalité, et en marquant à la fois la solidarité des chrétiens et la spécificité du message de l’Evangile par rapport à elle.

Pour relever ces défis, Mgr De Kesel devra aussi montrer des talents de « manager », en particulier dans les situations difficiles, voire conflictuelles. Qualité que, selon certains, en regard de son ministère comme évêque de Bruges, il lui reste encore à développer.

C.H.

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