Tous deux ne feront plus qu’un (Gn 2, 18-24)


Nous connaissons tous les paroles sacrées que l’on s’échange le jour du mariage : « Acceptez-vous X/Y comme époux ? Promettez-vous de lui être fidèle dans la richesse comme dans la pauvreté, dans la santé comme dans la maladie ?

Voulez-vous l’aimer et le/la chérir tous les jour de votre vie ? »

Et après que les fiancés se soient échangés leur promesse de fidélité, le prêtre conclut : « Ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare point ».

 

De nos jours beaucoup se demandent : ‘Comment est-ce que l’Eglise peut encore être si sévère dans ses conceptions sur le mariage ?’ Nous voyons bien autour de nous que pour beaucoup cela ne marche pas ! Dans certaines villes,

un mariage sur deux mène au divorce, si pas davantage.

Ne serait-il pas temps que l’Eglise évolue et qu’elle reconnaisse tout simplement le divorce ? Ce serait tellement plus facile pour tout le monde !

 

Aujourd’hui nous entendons dans l’évangile ce que Jésus en pense : A cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme , et tous deux ne feront plus qu’un. Ainsi, ils ne sont plus deux, mais ils ne font qu’un. Donc, ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas !

Ces paroles de Jésus, il nous faut bien les remettre dans leur contexte pour pouvoir les comprendre. A l’époque du Christ, la femme n’a presque pas beaucoup de droits. Comme chez les arabes aujourd’hui, si l’homme en a assez de sa femme, il peut la renvoyer. Il existe à cette époque deux écoles qui s’affrontent sur ce sujet : l’école rigoriste du rabbin Shammaï ne reconnaît le renvoi de sa femme que pour des raisons d’adultère. Celle laxiste du rabbin Hillel, laisse beaucoup de liberté aux hommes de décider à ce propos. Si sa cuisine laisse à désirer, qu’elle ne le satisfait plus, qu’elle a été désagréable ou a nui à son honneur, c’est déjà suffisant pour la répudier.

Comme pour d’autres sujets, on veut donc mettre Jésus à l’épreuve en demandant de quelle école il est. Qu’il fasse seulement bien attention, car son cousin Jean-Baptiste y a laissé sa tête en disant tout haut que le roi Hérode était adultère après avoir pris la femme de son frère Philippe lorsqu’il l’avait chassé pour prendre le pouvoir.

Jésus va dans sa réponse, élever le débat et le ramener aux origines. Hommes et femmes sont à l’origine des temps égaux. La femme n’a pas à être la servante de l’homme que l’on peut renvoyer pour un oui ou pour un non. Elle est aux yeux de Dieu une partenaire véritable, une égale et son union avec l’homme n’est pas une union animale se laissant aller au gré du hasard des rencontres et de l’instinct, mais une union sacrée puisque voulue et bénie par Dieu.

 

De cette manière, Jésus élève le mariage au rang de sacrement. Un sacrement, c’est un signe de Dieu. Dieu agit Lui-même à travers l’homme qui reçoit un sacrement et voilà pourquoi nous ne pouvons pas traiter cela à la légère. Un mariage religieux n’est pas un contrat, comme on signe chez le notaire ou à la maison communale. Un contrat, on peut encore le modifier ou le supprimer et c’est d’ailleurs pour cela que pour l’Etat on peut se marier autant de fois qu’on veut.

Le sacrement du mariage lui n’est pas un contrat révocable à souhait. Il s’agit d’une réalité beaucoup plus profonde et mystérieuse car il introduit Dieu au sein du couple et ajoute une dimension sacrée à une histoire humaine entre un homme et une femme. C’est Dieu qui unit un homme et une femme l’un à l’autre. Lui qui est sacré par excellence rend une histoire humaine sacrée par sa présence. L’amour véritable est donc un amour à son image : il est infini, éternel et inconditionnel.

Homme et femme de par leur mariage devant Dieu ne sont plus deux êtres indépendants, ils ne forment plus qu’un,

même davantage diront les Ecritures, une seule chair.

Quand on aime vraiment quelqu’un, on le prend tel qu’il est.

Il n’y a pas de ‘oui mais…’Et cela suppose donc une fidélité absolue. Un amour véritable, c’est pour toujours. On ne peut pas vouloir être sérieux et se marier pour un temps. On ne peut pas se marier à l’essai, en posant des conditions, comme on ne peut pas naître à l’essai, ni mourir à l’essai. Une promesse c’est pour toujours. Dans la maladie comme dans la santé, dans la richesse comme dans la pauvreté…

 

Nous ne sommes plus habitués de nos jours à de telles paroles. Nous vivons dans la culture du changement perpétuel.

Quand quelque chose est usé ou qu’il lasse, on le change et on le remplace. Voilà pourquoi de telles exigences et de telles paroles sont difficilement compréhensibles et praticables par

beaucoup de nos contemporains. Dieu seul jugera les intentions de bien des cœurs qui sont touchés par le fléau du divorce. En attendant, il nous revient d’essayer de faire notre possible pour rester fidèle à notre conjoint et redécouvrir sans cesse la beauté, la grandeur et la noblesse des promesses échangées le jour du mariage.

Père Mohan.

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